Mon travail consiste à reconstituer les blocs de silex que les préhistoriques ont taillé. En ce moment je travaille sur le matériel issu de la fouille de Monruz au bord du lac de Neuchâtel. Nous avons recueilli près de 45’000 objets en silex représentant un poids total de 74 kg. Près de 200 blocs ont été taillés et chacun d’eux raconte une histoire.
Aujourd’hui, j’ai trouvé un nucléus (blocs de silex taillés) qui a été taillé à deux endroits différents; dans le premier lieu, il a donné de longues lamelles très effilées et tranchantes, elles ont certainement servi de couteau (c’est une utilisation habituelle pour les objets en silex). Puis le tailleur a remis son bloc de silex dans la poche, et il ne l’a ressorti que plus tard pour refaire une série de couteau, cette fois plus petits. Cette nouvelle série de couteau a été fabriquée à un autre endroit. On ne sait pas combien de temps sépare les deux activités.
Après cet épisode le bloc a été jeté. Il est encore beau mais très petit, il n’est plus possible d’en tirer de petits couteaux. Le tailleur ne s’est pas acharné sur le bloc, il a arrêté de travailler lorsqu’il n’arrivait plus à obtenir les outils désirés, c’était donc un tailleur expérimenté; ce que l’on constatait déjà au grand soin qu’il apportait dans la préparation du nucléus avant de le tailler.
Voilà ma première histoire de silex où l’on entrevoit quelques instants de la vie d’un tailleur ou d’une tailleuse?